« Parents, racontez vos rêves à vos enfants ! »

31 janvier 2007

Le slogan est surréaliste. Forcément. Raconter ses rêves à ses enfants, en voilà une drôle d’idée ! Mais les enfants sont de grands rêveurs.

Dans les années 80, la psychologue Patricia Garfield s’est intéressée aux rêves enfantins et en a tiré un livre « Comprendre les rêves de vos enfants ». Au-delà du style très américain de l’ouvrage, elle donne certaines pistes non dénuées d’intérêts aux parents aux prises souvent avec les cauchemars de leurs bambins.
J’y ai repensé en écoutant un petit garçon raconter sa vraie frayeur devant un cortège de lutins qui l’attaquaient. Cela semblait l’avoir profondément marqué. Et même s’il en parlait avec un certain détachement, il n’était pas dit qu’il ne se retrouverait pas une de ses nuits future en présence des affreux petits bonhommes. Je l’ai moi-même expérimenté à une époque où des rêves me terrorisaient tellement qu’allait me coucher était une vraie torture.
Voici donc un passage du livre de Patricia Garfield qui pourra aider les parents réveillés en pleine nuit par des cris et des pleurs…

« Il nous faut encourager ces progrès chez nos enfants de façon à les décider à agir par eux-mêmes pour résoudre leurs dilemmes de rêves.
Si votre enfant vous raconte qu’il a rêvé de rapt, guettez toute velléité de trouver du secours pendant le rêve et applaudissez-la. Vous pouvez dire « C’est bien d’avoir appelé au secours pendant ton rêve » ou « Je suis content que tu aies pu dévérouiller la portière. » Vous pouvez aussi faire des suggestions : « Je me demande si tu aurais pu découper une sortie dans cette boîte ? » ou « Qui pourrait être assez costaud pour te sortir de cette situation ? » En renforçant les initiatives de l’enfant et en lui offrant des solutions actives, vous lui permettez d’élaborer les ressources auxquelles il pourra faire appel pendant les rêves qui lui font peur. »

Car le rêve si vivant dans nos nuits n’est pas une fatalité. On se réveille toujours d’un cauchemar, aussi terrible soit-il. Il n’est certes pas fait pour terrifier nos jours, encore moins ceux des petits enfants.

Le rêve d’Albert Einstein

27 janvier 2007

Einstein mit au point la théorie de la relativité après un songe où il se trouvait sur un rayon lumineux. Il se déplaçait à la vitesse de ce rayon dans le cosmos, et ceux qu’ils rencontraient voyaient le même événement à des moments bien différents. Conclusion : l’espace et le temps sont liés !

Le rêve d’Abraham Lincoln

27 janvier 2007

Abraham Lincoln dit un jour dans une réception :

« C’est étonnant de voir l’importance des rêves. Dans 16 chapitres de l’Ancien Testament on mentionne des rêves. Si nous croyons ce que dit la Bible, les choses viennent à notre connaissance par le rêve. Tenez, dit-il à ses amis, l’autre nuit, j’ai fait tout un rêve :
J’entendais pleurer une foule que je ne voyais pas. Je suis allé dans une autre pièce, il n’y avait personne et puis en passant dans une autre chambre, il y avait des soldats et une tombe. Je me disais en moi-même : « Ce doit-être quelqu’un d’important pour qu’il y ait autant de soldats autour ».
Alors en passant je me suis arrêté devant un soldat et je lui ai demandé qui était mort. Le soldat, les yeux rougis par les larmes, me répondit: « C’est le président qui a été assassiné »»

Quelques mois après ce rêve, le président Lincoln mourrait assassiné.

Le rêve de Jack Nicklaus

27 janvier 2007

Formidable champion de golf, Jack Nicklaus a avoué un jour ceci:
« J’ai perfectionné mon swing à partir d’un rêve où je m’étais vu frapper la balle en tenant mon club de manière tout à fait différente. »

Le rêve de John Lennon

27 janvier 2007

John Lennon trouva le nom des Beatles en rêvant.
Un homme, debout sur une table, lui ordonnait :
« Désormais, beetle (scarabée) s’écrira avec un A! »

Le rêve d’Alfred Maury

27 janvier 2007

L’historien et archéologue Alfred Maury se faisait réveiller dans son sommeil pour noter ses rêves. Le plus célèbre est celui-ci:

« J’étais un peu indisposé, et me trouvais couché dans ma chambre, ayant ma mère à mon chevet. Je rêve de la Terreur ; j’assiste à des scènes de massacre, je comparais devant le tribunal révolutionnaire, je vois Robespierre, Marat, Fouquier-Tinville, toutes les plus vilaines figures de cette époque terrible ; je discute avec eux ; enfin, après bien des événements que je ne me rappelle qu’imparfaitement, je suis jugé, condamné à mort, conduit en charrette, au milieu d’un concours immense, sur la place de la Révolution ; je monte sur l’échafaud ; l’exécuteur me lie sur la planche fatale, il la fait basculer, le couperet tombe ; je sens ma tête se séparer de mon tronc ; je m’éveille en proie à la plus vive angoisse, et je me sens sur le cou la flèche de mon lit qui s’était subitement détachée, et était tombée sur mes vertèbres cervicales, à la façon du couteau d’une guillotine. Cela avait eu lieu à l’instant, ainsi que ma mère me le confirma, et cependant c’était cette sensation externe que j’avais prise, comme dans le cas cité plus haut, pour point de départ d’un rêve où tant de faits s’étaient succédés. »
Alfred Maury – Le sommeil et les rêves (1861)

Un dimanche de rêve

9 janvier 2007

Le dimanche 21 janvier, Speira vous propose une journée consacrée au rêve à Fontainebleau.

Au programme:
9h07 : départ de Paris Gare de Lyon
9h48 : Arrivée à la gare de Fontainebleau Avon, lieu du rendez-vous.
10h00-12h00 : Promenade et étirements dans la forêt, avec Régis
12h00-13h00 : Pique-nique (en intérieur)
13h00-14h30 : Travail d’écriture sur un rêve personnel avec Olivier.
14h30-15h00 : pause café
15h00-17h00 : Dire son rêve avec Clarence
17h00-17h30 : Re-pause café et conclusion
18h01 : retour vers Paris

Important :
N’oubliez pas d’apporter un plat à mettre en commun pour le pique-nique et un rêve personnel.
Participation : de 1 à 23 euros.

Renseignements et inscriptions au 06 14 07 76 87

Laboratoire du 8 décembre

30 décembre 2006

Objets oniriques

Une vingtaine de mots écrits les uns à la suite des autres comme ils viennent.
Divers champs lexicaux d’outils (peigne, casserole, machine à coudre, etc).
A partir de ces deux listes, on s’amuse à créer des objets impossibles : une perruque qui rêve en crescendo par exemple, ou un fer à friser les sortilèges.
Enfin, on choisit parmi toutes ces créations l’objet qui nous plait le plus et on revisite le rêve de la patiente de Jung dont voici le déroulé :

Je me trouve seul(e) dans une maison.
C’est le soir.
Je parcours la maison, dans l’intention de fermer toutes les fenêtres.
Je me souviens alors qu’il me reste encore une porte à fermer.
Je vais à cette porte, et découvre qu’elle ne comporte pas de serrure.
Je me demande ce qu’il faut faire et me met à la recherche de meubles et de caisses, avec l’idée de les placer devant la porte pour la bloquer.
L’atmosphère est de plus en plus sombre et inquiétante.
Brusquement, la porte s’ouvre et livre passage à une balle noire qui me frappe de plein fouet. Je me réveille en poussant un cri perçant.

On le revisite en y incorporant l’objet onirique. Maintenant que j’ai cet objet à ma disposition, que devient le rêve? Est-ce que l’histoire se réinvente?

Voici les résultats:

Texte Olivier
Objet : le démêloir de pensées souffrantes
Un soir, en arrivant chez moi, je découvris un cadeau sur la table du salon. C’était un cadeau de sa part, je le savais bien, et c’est pour ça que je n’ai pas ouvert tout de suite. Rien que de savoir qu’elle m’offrait quelque chose, ça m’angoissait. J’ai d’abord fait comme d’habitude : fermer portes et fenêtres pour être tranquille. Sauf la porte de la cave qui ne ferme plus depuis des années et, ça, des fois ça me donne des sueurs froides. Mais pour cette fois, je pensais plus au cadeau sur la table.
J’ai fini par le déballer, j’ai pris une profonde respiration avant d’ouvrir la boîte… Il n’y avait rien à l’intérieur ! Enfin si : juste un morceau de papier sur lequel était écrit : ceci est un démêloir de pensées souffrantes. « Qu’est-ce que c’est que cette blague ! » je me suis entendu dire.
J’ai jeté la boîte et je me suis retrouvé devant la porte de la cave. J’ai marché jusqu’à elle sans me rendre compte que je marchais jusqu’à elle. Mon angoisse est montée d’un cran en la regardant. Je me suis demandé quoi faire. Alors comme un fou, je me suis mis à chercher tout ce que je pouvais mettre devant la porte. Mais il n’y avait plus rien. La maison était tout à coup vide.
J’étais là, abruti, seul, empâté dans une atmosphère de plus en plus lourde et brusquement !… brusquement, la porte de la cave s’est ouverte, livrant passage à une boule noire qui m’a frappé au front. Poursuivant sa trajectoire, la boule est allée se loger dans la boîte qui s’est refermée toute seule.
La boîte reste toujours à portée de ma main, sur un meuble ou dans une poche. Si l’angoisse me prend à nouveau, je l’ouvre et quelque chose, une boule noire par exemple surgit de n’importe où, de nulle part, pour me frapper, pour m’apaiser.

Texte Cécile
Objet : le bigoudi de l’assassin
Dimanche soir. J’ai peint toute la journée. Je me trouve seule dans une maison et il y a eu un crime. J’enquête. C’est le soir. les pompes funèbres ont déjà emporté le cadavre du vieil anglais qui vivait là tout seul et fumait la pipe. Restent ses chapeaux et ses capes accrochés au porte-manteaux de l’entrée. Je parcours la maison pour fermer les fenêtres parce qu’il fait froid, et je veux également pouvoir me déplacer dans les pièces avec une bougie sans qu’on me voit de l’exterieur. Il me reste encore une porte à fermer, celle de la veranda, je découvre qu’elle n’a pas de serrure. Je commence à n’être pas rassurée et je suis à la recherche de meubles et de caissses pour bloquer cette porte. Un vieux buffet rose traîne sous la veranda.
Je commence à m’ arquebouter pour le pousser lorsque par terre sous mon pied droit apparaissent deux bigoudis tenus ensemble par une épingle à cheveux et dans un filet que les femmes portent ou portaient quand elles mettent des bigoudis. Tiens, me dis-je, un indice. Je me baisse et ramasse l’objet avec précaution. Pour ne pas laisser de trace je poussse alors le buffet contre la porte. Le vieux monsieur a donc reçu de la visite récemment car sur le bigoudi, pas de poussière. L’atmosphère est sombre et inquiétante. La victime a été tuée par poison et dormait très proprement sur son lit sans marque de lutte
On n’a trouvé qu’un verre près du lit mais un verre et deux tasses dans le vaisselier sur l’évier. Demain j’irai au village me renseigner sur des visites éventuelles. Malgré le buffet, trop léger, la porte s’ouvre et laisse juste le passage à une forme noire hérissée d’humidité et de peur : il s’agit d’un gros chat noir, celui du propriétaire de la maison je comprends alors que quelqu’un m’observe du dehors.
Le bigoudi prouve que la femme en visite est assez intime avec son hôte pour porter des bigoudis en sa présence ou dans la maison même.
S’il sagit du bigoudi de l’assassin, il s’agirait alors d’une femme aux cheveux assez longs pour porter de gros bigoudis. et soucieuse de son apparence également, peut être une ancienne femme ou collègue, parlons d’une charmeuse quelconque ou d’une vieille flamme.
Je ne crains pas son regard parce que je pense qu’elle va filer après avoir compris que je cherche le tueur ou la tueuse; je ne crains pas qu’elle me tire dessus je pense qu’une empoisonneuse est une femme qui n’utiliserait sans doute ni arme à feu ni couteau.
Attendons et allons nous coucher dans le salon, sur une canapé, devant la télé, sous un plaid en compagnie duchat rasséréné, semble t il. Je garde la pièce à conviction à portée de main et demain je me renseigne sur la famille de la victime, sa fortune, sa vie antérieure, si monsieur X avait des garde-malades; des dames de compagnie ou des maîtresses, en tout cas il en est mort. Une femme lui en voulait. je sais qu’il n’avait pas de personnel de maison à demeure et cela étant, la personne ne se serait jamais fait une mise en plis dans la véranda.
Je tournicote dans mon lit et n’arrive pas à m’endormir jusqu’à l’aube. Le bigoudi me hante, qu’y a t’il là derrière ?

Texte Gwen
Objet : Un égouttoir à livres démoniaques
C’est mon tour cette semaine. Je me retrouve encore seul dans cette vieille maison qui sent le moisi. Il n’y a pas un bruit, uniquement un clapotement régulier et irritant. Quelque chose goutte quelque part et ça me rend fou ! Je sais qu’il faut passer devant sa tanière pour fermer les fenêtres. En allant fermer celle du salon, je m’aperçois qu’il reste encore des traces du dernier cobaye de l’atelier «Sorts et sortilèges» de mercredi dernier : une touffe de cheveux est accrochée bien en évidence sur la poignée. Il faudra penser à l’enlever avant la prochaine séance… Je m’avance à pas feutrés vers la porte principale, elle ne comporte plus de serrure depuis 2004 et se contente de pousser de grands baillements à intervalles réguliers, en laissant passer un courant d’air fort désagréable.
Je tente pourtant de la bloquer avec les meubles restants mais tout a disparu. Le temps passe et tout est si sombre à présent qu’il me faut mettre en marche mes nouveaux yeux phosphorescents. Arrivé à la cuisine, je comprend immédiatement l’origine du bruit, le goutte à goutte.
Sur l’égouttoir à livres démoniaques, il y a un livre… qui goutte, et en dessous un précipice. Un grand trou s’est creusé goutte après goutte et rejoins le centre de la terre. Au fond j’aperçois une lueur rouge des plus inquiétante. Il faudra que je lui en parle. Brusquement, la porte s’ouvre et une balle noire vient me frapper de plein fouet.

Laboratoire du 1er décembre

3 décembre 2006

Le rêve de la Bête

Le processus est le suivant:
1) Créer un animal fantastique,
2) Rassembler une dizaine de mots liés à des peurs infantiles et commençant par la même lettre,
3) Décrire un lieu réel ou imaginé particulièrement étrange,
4) Dans ce lieu, en insérant dans l’ordre chacun des dix mots de loin en loin, écrire en rêve sa rencontre avec la bête.

Texte de Cécile
« La mygale phosphorescente »
Je m’avance seule dans cet espace il s’agit d’une carrière abandonnée avec une terre rouge, un écho, de hautes falaises et des flaques d’eau comme un grand canyon lunaire je m’avance seule dans cet espace sentant la mort par la maladie de maman dont j’imagine la momie près de la mer loin d’ici… Je vois soudain une mygale phosphorescente j’ai peur de sa morsure car elle possède un moteur je crois à un mensonge car tel un microbe elle est une araignée sauteuse; je m’arrête pressentant un malheur car je crains le mal qu’elle pourrait me faire et elle me menace. Je reste dans l’immobilité sur la terre rouge; j’ai peur de respirer à cause de l’écho mais je souhaiterais brouiller mes traces en m’éloignant doucement après avoir mis les pieds dans une flaque : je veux faire le moins de bruit possible, si elle bouge pour venir vers moi je crois que je vais prendre mes jambes à mon cou, je l’ai rencontrée mais j’évite de l’affronter ou de la provoquer, plutôt la fuite, j’ai peur qu’elle me rattrape…

Texte de Gwen
« Le zèbre qui rit du bout des dents »
J’étais sur une plage où toute l’eau s’était retirée, plus une goutte d’eau, la mer avait disparu.
Pas un cachalot, pas un baleine, ou tout autre animal marin en vue ; pas d’être humain non plus d’ailleurs… Au loin, pourtant une petite cabane, plantée seule au milieu, une sorte de cagibi. Je m’approche, la cagoule sur le visage pour me protéger de l’air salé et ouvre la porte d’un coup sec. Dedans se trouve un cyclope, assis sur une chaise, un être avec un oeil au milieu du front.
Son 3ème oeil me regarde d’ailleurs avec cruauté, ce qui lui donne un peu un air de croque-mitaine, mais je m’assois sur le tabouret qu’il m’indique. Il marmonne : «c’est à toi, l’homme de repeupler la terre que tu as détruit, et pour cela tu dois devenir chasseur de rire. Tu vas rencontrer le zèbre qui rit du bout des dents. Il te dira comment faire…».
On entendit alors claudiquer dehors, à l’extérieur. Et puis juste après, un bruit bizarre, entre le rire et l’éternuement, un rire qui fuit. Le cyclope disparu et je me retrouvais seule face à la bête. C’était un drôle de zèbre ! Il me dit : «Tu dois me faire rire ! Pour chaque rire obtenu, je t’offre une créature vivant de nouveau sur la terre.»
Je tentai alors une première blague, et le zèbre se mit à rire, du bout des dents. Il était bon public, ça allait être du gateau !
Un cafard est apparu en premier et se faufila dans le sable. Puis un caïman, une chauve-souris, un réveil – oui, il y a eu quelques loupés…
Bref, en quelques heures, nous avions réussi à réunir tout ceux que Noé avait autrefois regroupé dans son fameux bateau. Et tout ce petit monde caquetait, hurlait, se poursuivait autour de nous pendant que mon zèbre riait. Il avait muté lui aussi : il ne riait plus du bout des dents mais à gorge déployée. Le rire s’est fait de plus en plus fort, assourdissant même… et m’a réveillée. Je m’étais assoupie en écoutant la radio, une émission humoristique, on dirait.

Texte de Alain
« Le serpent à porte »
Le ciel est sombre, mais je sais que c’est le milieu du jour. Presque noir, le ciel ; je marche dans une forêt-cagoule. Dans une forêt-cagoule, les branches des arbres sont collantes, comme le sol et il fait trop chaud. J’ai le pas lourd, je claudique presque. Un bruit dans le feuillage ; et devant moi, un énorme cobra, bleu-vert ; son regard est à peine soutenable. Il se déplace si lentement. Je réalise que c’est un serpent à porte. Je me souviens en avoir déjà rencontré. Celui-là a trois portes sur le flanc. Et la seule façon de ne pas être dévoré, c’est d’ouvrir une porte, d’entrer dans le cagibi et de claquer la porte tout de suite. Là, on est hors d’atteinte. Il siffle de colère, furieux d’avoir laissé échapper une proie. Mais il est trop lent. Il fait toujours la même chose alors, il glisse vers le rivage et descend vers une bulle de mer. Les bulles de mer sont retenues au fond de l’eau et quand il nous expulse dans une bulle, on est prisonnier, comme dans un cercueil. Des poissons-chasseurs tournent autour de la bulle, mais ils ne peuvent entrer. Il y a des poissons-crotales, des poissons-cafards. Il y a des poissons-canons qui essayent de casser la bulle. Alors j’attends, en espérant que la bulle résiste, j’arrête de respirer, j’attends la fin du rêve, comme la dernière fois. Mais la fin du rêve est de l’autre côté de la bulle.

Texte de Olivier
« Le crocodile végétal volant »
Je suis débout en équilibre sur cet énorme fil électrique à haute tension. J’ai le sentiment d’être un oiseau qui cherche à échapper aux chasseurs.
Sous moi, une terre rouge, sèche, aride, morte. L’horizon est partout et il n’y a rien à l’horizon. Seulement ces pylônes comme des tours Eiffel qui soutiennent les câbles. L’air est saturé de vibrations, le soleil tape. À un moment, je me dis que je n’ai pas à avoir peur des cannibales et alors je comprends que je ne suis pas un oiseau, que je suis moi.
Soudain, je vois quelque chose qui pousse juste en dessous : un brin d’herbe. Je me penche pour regarder quand une chauve-souris me frappe à la tête et me fait tomber.
Je suis rattrapé par un géant qui porte une cagoule. Je me débats pour lui échapper. Alors, il ôte sa cagoule : c’est un cyclope au nez crochu. Il me sourit. Il a l’air complètement con.
Je suis un peu plus loin, maintenant. Sous un pylône. Les herbes continuent de pousser tout autour. « J’ai pas peur du croque-mitaine » que je chante. Je ne sais pas pourquoi je chante ça, quand, parmi les herbes, je vois alors ramper quelque chose. Ça s’approche de moi. Ça s’arrête. Ça se lève. C’est un cobra. Une saloperie de cobra qui me défie.
Et puis les herbes continuent à pousser de plus en plus vite et le cobra se redresse de plus en plus pour ne pas être recouvert par elles. Et puis soudain, au bout d’une de ces herbes, une chose ronde se forme. Elle grossit, se développe, et prend l’aspect d’un crocodile. Un crocodile vert et végétal… Quand le cobra le voit, il se carapate et va s’enfermer dans une sorte de cercueil.
Le crocodile végétal grossit toujours, grossit encore, et je me dis qu’il faut que je trouve une cachette avant qu’il ne s’envole. Comment est-ce que je sais qu’il va s’envoler ? Il faut que je trouve une cachette ! Il faut que je trouve une cachette !

Laboratoire du 24 novembre

3 décembre 2006

Se rêver en détail

Voici deux variantes d’un exercice qui consiste à partir de parties du corps à créer des récits oniriques.
Pour la première variante, nous avons choisi chacun une expression commune et l’avons prise au pied de la lettre.

Texte de Cécile
« Mettre les pieds dans les plats »
En mettant les pieds dans le plat qui bouge comme une soucoupe volante j’ai pris mon envol au dessus des toits pour etre comme un oiseau les ailes déployées mais ce sont mes bras qui s’étendent et quand j’arrive près d’un obstacle pour atterrir je freine en agitant plusieurs fois le pied droit afin de ralentir progressivement e de ne pas me mettre à plat ventre ou sur les genoux.. C’est la sensation de légéreté qui prime il s’agit de me déplacer souvent le ciel est clair il y a des toits rouges, presqu’un paysage de carte postale pas de tours, mais des maisons, un clocher…je parle à des gens une fois osée et quelquefois il s’agit de personnes bien connues ou cotoyées ou déjà décédées.quand quelqu’un d’autre dit une parole ou met les pieds dans le plat c’est à dire fait une gaffe, quant à tout ce qui nous réunit tous ensemble, alors je cherche à comprendre à expliquer mais je ressens de la frustration car les autres continuent et font la sourde oreille donc je reste sur le nuage en attendant de repartir…ils ont la dent dure dans le rêve et rient dans leurs barbes.J’agis plus que je parle et je n’ai pas la langue bien pendue sauf que de grands discours parfois jaillissent des théories qui se tiennent mais partent en fumée au réveil il ne reste que la sensation peau de chagrin ou bien dans ma peau.

Texte de Gwen
« Avoir une tête de Turc »
Je me suis réveillée un matin avec une tête de Turc. Bien plantée entre mon épaule droite et la gauche, une autre tête que la mienne me regardait dans le miroir. Un homme d’une cinquantaine d’années avec le teint mat, une moustache, une légère calvitie sur le sommet du crâne et des cheveux noirs. Et surtout, le regard sombre, profond, avec tout un tas de rides nichées au coin des yeux. Le reste n’avait pas bougé. Autant vous dire que ça me faisait tout drôle de me réveiller avec un corps de femme et la tête d’un Turc. Je dis Turc car j’ai bien vu, en sortant que je comprenais cette langue. J’habite dans la 10ème, vers le passage Brady, vous voyez ? Bon, c’est un quartier ou il y a beaucoup d’ateliers turcs. Donc je rentre chez mon épicier, qui est turc, et je m’aperçois que nous parlons turc, spontanément. En apercevant un vieux calendrier montrant un petit village de Turquie, nous voici parlant lui et moi de cet endroit merveilleux, où l’on mange – parait-il – les meilleurs poissons de toute la méditerranée. Je dois préciser que j’avais pris soin de m’habiller de façon plus masculine afin que le contraste entre le haut et le bas ne soit pas trop choquant… Je suis donc rentrée chez moi avec des feuilles de vignes en boîtes, de l’halwa et toujours ma tête de Turc.
Après ce repas et un petit café turc – une de mes toutes nouvelles habitudes – j’ai décidé de profiter de ma nouvelle tête pour vivre des expériences inédites. Se faire raser chez un barbier par exemple, et ensuite passer la journée à fumer dans un bar à narguilé, en écoutant mes nouveaux compatriotes parler du pays, des oliviers, de la vie qui change et qui était mieux avant, du soleil dans les ruelles étroites et bruyantes… En me couchant, j’ai eu une petite bouffée d’inquiétude : et si je ne retrouvais jamais ma tête à moi, la vraie, l’initiale.

Texte de Olivier
« Avoir l’estomac dans les talons »
Le premier jour, je n’y fais pas attention. Je me sens juste un peu plus lourd.En rentrant chez moi, je monte péniblement l’escalier. J’ai la sensation d’avoir aux pieds des semelles de plomb.
C’est le lendemain, le deuxième jour, où je remarque qu’après mes chevilles, mes mollets sont descendus dans mes talons. Je sors de chez moi mais je remonte très vite, affolé. Enfin, quand je dis très vite : ça me prend bien une heure pour monter les trois étages.
A partir de là, je ne sors plus.
Le troisième jour, ça se précipite : les genoux et les cuisses sont descendus aussi. Le quatrième jour, c’est le bassin. Je ne mesure plus que 80 cm. Mais je ne me sens pas plus vif pour autant, au contraire.
Au soir du quatrième jour, j’ai l’estomac dans les talons. Et c’est ce même soir, terriblement frustré de ne rien pouvoir avaler, que je trouve une parade au mal qui m’envahit : je me mets à marcher sur les mains ! Le temps que tout redescende de l’autre côté et retrouve sa place.
Mais, malheur, je constate que mes bras, mes coudes, mes épaules, tour à tour, descendent dans mes poignets. Je rétrécis des deux côtés !
Voilà. Voilà ma terrible histoire. Je me suis allongé pour écrire ceci, mais je me doute que personne ne voudra croire à cette aventure. Lorsqu’on me cherchera, on pensera à une fugue ou à un assassinat. Cependant… pendant que j’écris, je sens bien que toute ma face antérieure glisse progressivement dans ma face postérieure. Je disparais…

Seconde variante :
Soit le récit de rêve suivant formulé par une patiente de Jung:
Je me trouve seul(e) dans une maison.
C’est le soir.
Je parcours la maison, dans l’intention de fermer toutes les fenêtres.
Je me souviens alors qu’il me reste encore une porte à fermer.
Je vais à cette porte, et découvre qu’elle ne comporte pas de serrure.
Je me demande ce qu’il faut faire et me met à la recherche de meubles et de caisses, avec l’idée de les placer devant la porte pour la bloquer.
L’atmosphère est de plus en plus sombre et inquiétante.
Brusquement, la porte s’ouvre et livre passage à une balle noire qui me frappe de plein fouet. Je me réveille en poussant un cri perçant.

Soit une partie du corps choisie dans une liste donnée (pied gauche, nez, vertèbre, rein, mollaire, cheveu, nerf sciatique, etc).
L’enjeu est de se calquer sur le récit pour construire, de façon isomorphique, le récit de rêve de la partie du corps chosie.

Texte de Cécile
« Le rêve du Nez »
Je me trouve seul dans une maison je suis assez fin et triangulaire je sais que c’est le soir car le fumet d’une soupe aux poireaux me chatouille je sens du courant d’air et des picotements.je me déplace à hauteur d’homme environ un mètre 70 je vais de la cuisine chaude dans d’autres pièces qui sentent le renfermé ou la lavande je veux fermer les fenetres mais l’odeur de la terre mouillée m’indique que j’ai encore une porte à fermer je sens le bois vermoulu et en me rapprochant je constate qu’on ne peut la fermer. la serrure est tombée. JE RENIFLE dans les coins pour sentir à pleines narines l’odeur d’un chien qui pourrait s’asseoir devant la porte. J’inspire très fort pour me donner la force de soulever un coffre à pain pour bloquer cette porte.décidement l’odeur du pain et de la soupe me détournent presque de mon idée première. L’obscurité est dense le vent siffle et me frappe de plein fouet. La soupe commence à bruler une odeur de trop longue cuisson se répand. Tout d’un coup je reçois un objet étranger quu me frappe l’arête entre les deux yeux et des filets de sang coulent de mes narines. J’éternue bruyamment et me réveille

Texte de Gwen
« Le rêve du Nez »
Je suis seule à bord, en tout cas les autres ont coupé tout signal. Je sens que c’est le soir car il fait plus frais et la fraîcheur du soir fait remonter certaines odeurs que je reconnais.
Je parcours l’espace en vérifiant que toutes les issues sont bien fermées, comme d’habitude, c’est mon travail. Je me souviens qu’il m’en reste une principale à fermer. On m’a dit : «pas de liquide !»
Je me rends à cette ouverture et je m’aperçois que je ne peux la fermer sans serrure.
J’utilise ce qui est à ma disposition pour faire barrage, le clapet n’est plus totalement hermétique, un poil fera l’affaire. L’espace est étroit, resserré, et l’atmosphère est de plus en plus sombre et inquiétante. Je sens la pression de l’autre côté.
Soudain une boule noire me frappe de plein fouet : un moucheron, un grain de poivre !?
En tout cas, ça me fait éternuer et j’aspire une bouffée d’air pour faire passer le tout. Tout est à recommencer, les ouvertures se sont toutes réouvertes et l’air rentre à flot.

Texte de Olivier
« Le rêve du Cheveu »
Je suis seul sur la boule.
C’est le soir.
Je saute de part en part de la boule pour en fermer tous les orifices. Et il y en a !
Je vais dans les yeux, un par un, je les fais pleurer exprès et ils se ferment. Bien. Je vais dans le nez qui chope un rhume terrible et se bouche. Très bien. Je vais dans la bouche qui se met à parler d’un çasson tout à çait étranze. De honte, elle se ferme. Très très bien. Enfin, je vais dans les oreilles et découvre qu’il n’y a aucun moyen de les fermer. Les oreilles, c’est tout le temps ouvert.
Alors, je panique, je me demande ce que je peux faire, je parcours les bras, les épaules avec l’idée de trouver des poils et d’en bourrer les oreilles. Mais rien. Nada. Le glabre total.
Et puis soudain, un son terrible entre dans l’oreille et me fait voler aux quatre vents.
Je me réveille en me dressant sur la tête.

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